Homélie - Épiphanie B 2020

Homélie
2021/01/03
Homélie - Épiphanie B 2020

Épiphanie B 2020

Homélie
(Is 60,1-6 ; Ps 71 ; Éph 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-12)

L’Épiphanie est en quelque sorte une autre fête de Noël. Dans les Églises orthodoxes, on célèbre aujourd’hui la naissance du Sauveur. On peut alors se demander quelle différence il y a entre cette fête de l’Épiphanie et celle de Noël.

Le 25 décembre rappelle le jour où Jésus s’est fait connaître au gens de la place, aux bergers de Bethléem. Aujourd’hui, la liturgie nous fait célébrer sa manifestation aux gens d’ailleurs, aux gens de partout, représentés par les mages venus de loin. Le récit de saint Matthieu ne dit rien de précis à leur sujet, ni leur pays d’origine, ni leur nombre, ni leurs noms.

Il est le seul des quatre évangélistes à avoir rapporté cet événement de la visite des mages à Bethléem, le seul à raconter de cette manière la naissance de Jésus. Pour l’Évangéliste, ce récit est vraiment une Bonne Nouvelle, donnant toute son importance, toute sa dimension à ce mystère que notre foi nous fait célébrer en ce temps des fêtes. La naissance, la venue dans notre monde, pas seulement en Palestine, de Celui qui est reconnu comme étant le Sauveur de toute l’humanité, notre Sauveur à nous, gens d’ici et de maintenant.

Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que cette page de l'Évangile de saint Matthieu, même si elle peut paraître étonnante, se présente avec des traits tout à fait vraisemblables, et donc dans un contexte historique. Dans beaucoup de civilisations anciennes, on était fasciné par l'observation et l'interprétation des mouvements des astres. De plus, on sait les peurs et les colères maladives que le roi Hérode avait, face à la possibilité de prétendants à son trône. Mais ce récit, s'il n'est pas sans référence avec la réalité historique, se révèle être aussi tout plein d'enseignement. Saint Matthieu offre aux croyantes et croyants un court texte qui est un chef d'oeuvre de catéchèse sur l'événement de Noël. Ayant rédigé ce texte longtemps après l’événement, c'est dans la lumière de la Résurrection, dans la lumière de Pâques qu’il raconte la naissance de Jésus, pour éclairer la foi des communautés chrétiennes de son temps et des temps à venir.

Ce récit de la visite des mages à Bethléem pourrait être vu comme un résumé de tout l’Évangile. Il nous indique comment faire pour être nous aussi des chercheurs, des chercheuses de Dieu. N’avons-nous pas besoin nous aussi de chercher, de découvrir les signes de sa présence dans notre vie, dans la vie de l’Église, dans la vie du monde, du monde d’ici et de maintenant ?

Une première indication que nous donne ce récit : Dieu est toujours au-delà de ce que notre foi nous fait connaître de lui. Les grands prêtres et les scribes réunis à Jérusalem par le roi Hérode savaient beaucoup de choses au sujet de Dieu, connaissant fort bien les Écritures. Pourtant ils n’ont pas su reconnaître le Messie qu’ils attendaient et annonçaient. Ils ne comprenaient pas qu’il leur fallait aller encore plus loin. Les mages, quant à eux, ont accepté d’aller bien au-delà de ce que leur disait leur science. Prions aujourd’hui pour que nous soyons à l’écoute de la Parole de Dieu, cette étoile qui guide notre vie.

Une seconde indication donnée par ce récit évangélique : la rencontre avec Dieu ne peut se vivre qu’au bout d’une longue route, qui est parfois exigeante et demande beaucoup de persévérance. Au cours de la marche des mages, l’étoile qui les guidait est subitement disparue ; pour la retrouver, ils n’ont pas hésité à s’informer. Ne nous arrive-t-il pas à nous aussi de nous questionner sur la route de la foi, de devenir inquiets, d’avoir besoin d’être accompagnés. Prions pour que nos faiblesses, nos doutes ne nous empêchent pas de sans cesse reprendre la route, de nous laisser guider, en particulier par les Écritures.

Une troisième indication : la longue marche des mages leur a fait prendre conscience que Dieu ne se restreint pas à un seul signe sur la route qui mène à lui. Ces hommes venus de leur lointain pays d’Orient ont été guidés par plusieurs signes : leur désir de progrès personnel, l’étoile, les textes des Écritures, la rencontre des gens de Jérusalem et au bout de la route, l’Enfant. Sommes-nous capables de voir Dieu dans notre vie quotidienne, dans sa création, dans la nature ? Prions pour que nous sachions reconnaître le Christ présent dans la communauté de ses disciples et tout particulièrement dans l’Eucharistie de chaque dimanche.

Une quatrième indication : dès qu’on reconnait un signe de Dieu sur sa route, il faut en tenir compte dans sa vie. Les mages ont regagné leur pays par un autre chemin. Ce mot chemin veut dire beaucoup plus qu’une route. Dans la Bible, ce mot a un sens beaucoup plus large et signifie qu’il faut s’engager dans une autre manière de vivre. Prions pour que nous sachions accueillir cet appel constant qui nous est adressé de nous convertir, de vivre selon l’Évangile, selon la Parole du Christ-Jésus.

Une cinquième et dernière indication fournie par cette expérience vécue par les mages. Les signes de Dieu sont nombreux dans notre vie, il nous faut les voir et réfléchir pour se rendre capables de comprendre, de les interpréter. Le pape Jean XXII a eu au tout début du Concile cette heureuse expression disant que l’Église devait se mettre à l’écoute des signes des temps. N’est-ce pas ce que fait le pape François constamment et ce qu’il nous invite à faire nous aussi. Prions pour que le Seigneur nous donne son Esprit pour que nous sachions être attentifs, attentives aux signes de Dieu dans notre vie, dans la vie de notre temps, dans ce que vit notre Église, dans ce que vit le monde actuel, tout particulièrement notre Église et notre monde du Québec.

Prions pour que nous sachions reconnaître le Seigneur dans sa Parole et son Pain que nous partageons chaque dimanche, dans notre lecture personnelle et familiale de l’Évangile, dans notre prière de chaque jour. Prions pour que dans ces moments de rencontre avec Jésus, le Christ, l’Emmanuel nous sachions à l’exemple des mages tomber à ses pieds et nous prosterner devant lui, puis poursuivre notre vie par un autre chemin.

Marc Bouchard, prêtre

mbouchard751@gmail.com